Homélie du 4ᵉ dimanche de Carême

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, nous sommes au quatrième dimanche de Carême, appelé aussi par l’Église « dimanche de Lætare », ce qui se traduit par « Réjouissez-vous ». Dans notre chemin de conversion, la lumière de Pâques commence déjà à se laisser entrevoir. C’est ce que dit par ailleurs le rose des vêtements liturgiques, rose que je vous avais aussi invité à porter pour partager cette joie.

L’Évangile nous parle d’un homme aveugle.

À qui pensez-vous spontanément en entendant ce mot « aveugle » ?

J’ai commencé par ouvrir un dictionnaire et j’ai lu que le mot « aveugle » a trois sens : (1) être privé de la vue, (2) être aveugle sur ses défauts, manquer de jugement et (3) se dit d’un sentiment qui ne connaît pas de limite ; entier, total , comme confiance aveugle.

Dans l’Évangile que nous venons d’écouter, ces trois sens se retrouvent : la cécité physique, l’aveuglement du cœur et… la confiance totale à accueillir et suivre le Christ, comme chemin vers la lumière.

De cet homme aveugle (de naissance), les disciples se posent une question très humaine : « Qui a péché pour qu’il soit né aveugle ? » Mais Jésus ne se laisse pas piéger par cette logique. Il ne cherche pas de coupable. Il s’approche de la personne, il la regarde. Et ce simple regard annonce la guérison, la lumière.

Je vous propose de réfléchir à trois regards dans cet Évangile.

1. Le premier regard est un regard qui juge

Les disciples veulent comprendre la cause. Mais nous aussi, parfois, nous avons ce regard qui juge : nous enfermer dans nos certitudes, juger les autres, passer à côté de leur dignité. Ce regard peut être subtil : nous critiquons sans le dire, nous nous comparons aux autres, nous fermons notre cœur à ceux qui vivent différemment. Nous pouvons ainsi rester aveugles à ce qui est vraiment important et rater la rencontre avec Dieu dans la personne que nous avons devant nous.

Dieu, lui, voit plus profondément : « L’homme regarde l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. »

2. Le deuxième regard est un regard qui s’ouvre

L’aveugle progresse pas à pas : d’abord, il dit « l’homme qu’on appelle Jésus », puis « c’est un prophète », et, enfin, « Je crois, Seigneur ». Il passe de l’obscurité à la lumière, de l’ignorance à la foi. Sa guérison est aussi un chemin intérieur.

Imaginez votre regard comme un miroir recouvert de poussière. La lumière est là, mais elle ne se reflète plus clairement. Le Carême est ce temps où nous ouvrons notre cœur pour que Jésus nous aide à nettoyer le miroir de notre regard, pour que sa lumière se reflète de nouveau dans nos yeux et nos gestes.

3. Le troisième regard est un regard qui devient service

Et voilà un paradoxe de cet Évangile : ceux qui voient avec leurs yeux restent aveugles. Celui qui était aveugle est le seul à voir vraiment Jésus. Pourquoi ? Parce qu’il a accepté de se laisser guider, de reconnaître sa pauvreté.

J’en fais l’expérience dans ma mission diaconale tant dans mon métier d’enseignant qu’avec des personnes en situation de handicap mental, en particulier avec mes amis de Foi et Lumière. À chaque, je réapprends à voir au-delà des apparences, reconnaître leur humour, leurs talents, leur humanité. Et aussi, tout simplement, dans ma vie de couple, avec mon épouse. La vraie vue, c’est celle du cœur.

Chacun de nous est invité, à sa manière, à accueillir les autres sans jugement, à percevoir leur dignité et leurs talents, et à témoigner de la lumière de Dieu par sa présence, son écoute et son service.

Chers frères et soeurs, à la fin de l’Évangile, nous comprenons que le seul qui voit vraiment Jésus est celui qui était aveugle. Le Christ cherche toujours ceux que les autres laissent de côté. Sa lumière peut transformer notre regard.

Le Carême est ce temps privilégié pour ouvrir notre cœur, examiner notre regard et laisser Dieu nous guider vers la lumière. Comme le geste de Jésus – toucher la terre et envoyer l’homme se laver – cette transformation ne se fait pas d’un coup, mais pas à pas, dans nos gestes quotidiens, nos rencontres et notre prière.

Que ce temps de Carême nous aide à nettoyer le miroir de notre regard, à reconnaître la dignité de chaque personne, à voir au-delà des apparences, et à accueillir la lumière de Dieu dans nos vies.

Arnaud d+

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Homélie – « Que votre lumière brille

5ᵉ dimanche du Temps ordinaire – Journée de la pastorale de la santé

Chers frères et sœurs,

Dans l’Évangile que nous venons d’entendre, Jésus nous donne deux images très simples et très parlantes : le sel de la terre et la lumière du monde.
Deux réalités modestes, presque ordinaires. Le sel ne se voit pas beaucoup, mais il est indispensable. La lumière ne fait pas de bruit, mais sans elle on ne peut pas reconnaître le visage de l’autre.

Et il ajoute : « Que votre lumière brille devant les hommes », non pour attirer l’attention sur nous, mais pour que Dieu soit reconnu à travers ce que nous vivons.

En ce dimanche, qui est aussi la Journée de la pastorale de la santé, nous sommes invités à regarder cette parole de Jésus à partir d’un lieu très concret de l’existence : celui de la maladie, de la fragilité, de la dépendance, mais aussi du soin, de l’accompagnement et du service. Une lumière qui ne nie pas la souffrance, mais qui s’y rend présente. Une lumière qui n’est pas pour plus tard, mais pour aujourd’hui (Jésus dit bien « vous êtes lumière » !).

Ma réflexion a été portée par mon ministère au sein des personnes porteuses de handicap mental et par les échanges que j’ai avec ma témoin de mariage (mariage où l’évangile était celui d’aujourd’hui !), infirmière en soins palliatifs.

Le premier point porte sur « une lumière qui se fait proche »

La première lecture du prophète Isaïe est très éclairante. Elle relie directement la lumière à des attitudes très concrètes : partager son pain, accueillir le pauvre, ne pas se dérober à son frère.
Autrement dit, la lumière de Dieu n’est pas d’abord une idée ou un sentiment intérieur : elle s’incarne dans la proximité.

Dans la pastorale de la santé, cette proximité est souvent mise à l’épreuve. Entrer dans une chambre d’hôpital ou dans une maison marquée par la maladie, ce n’est jamais neutre. On y entre parfois avec appréhension, avec la peur de ne pas savoir quoi dire, avec le sentiment d’être maladroit ou inutile.

Et pourtant, très souvent, la lumière commence simplement par le fait d’être là. Par le temps donné. Par une écoute patiente. Par la fidélité d’une visite régulière. Par un temps de jeu ou de chant avec les « Audacieux », ces scouts adultes porteurs de handicap mental.

Cette lumière ne brille pas depuis le haut d’une colline, mais au chevet du lit d’une personne malade. Être lumière c’est se faire proche, c’est entrer dans le silence de l’autre et accueillir ce qui semble incompréhensible. (la souffrance, la maladie). La lumière prend le visage de la compassion ; elle ne brille pas pour elle-même, elle éclaire le visage de l’autre. Elle n’éblouit pas, elle éclaire.

La lumière chrétienne n’est pas une lumière qui efface la nuit. Elle est une lumière qui accepte d’entrer dans la nuit de l’autre, sans la fuir, sans la juger.

J’invite chacun à réfléchir à la question suivante : « Quand ai-je fait l’expérience que ma simple présence pouvait être lumière ? »

Le deuxième point porte sur « une lumière reçue avant d’être donnée »

Saint Paul nous confie aujourd’hui qu’il est venu annoncer l’Évangile dans la faiblesse, sans s’appuyer sur une sagesse humaine impressionnante. Il a accepté d’être pauvre, pour que tout repose sur la puissance de Dieu.

Je vis pleinement cette attitude. Face à la maladie, je fais rapidement l’expérience de mes limites : je ne guéris pas, je ne comprends pas tout et surtout… je ne sais pas toujours répondre aux grandes questions du sens ou de la souffrance ! La lumière ne supprime pas la souffrance, ni physique ni psychique, mais elle dépose en elle une espérance.

Être lumière, ce n’est pas être fort, c’est être disponible.

Et pourtant, c’est souvent dans cette pauvreté que la lumière du Christ se manifeste le plus clairement. Parce que cette lumière ne vient pas de nous. Nous ne la fabriquons pas, nous la recevons. Dans la prière et dans les sacrements.

J’invite chacun à réfléchir à la question suivante : « Ai-je accepté mes limites comme un lieu possible de la grâce de Dieu ? »

Le troisième et dernier point porte sur « une lumière partagée qui nous relie »

Jésus nous dit que la lumière n’est pas faite pour être cachée. Une lumière partagée ne s’épuise pas, au contraire, elle éclaire davantage. Et surtout, elle relie.

Cette lumière partagée porte et construit la paix ; c’est le message aussi qu’ont donné les mouvements scouts en décembre.

J’ai fait souvent fait l’expérience que cette lumière circule souvent de manière inattendue. Tous ceux qui vont visiter des personnes malades vont diront que, même s’ils pensent parfois apporter quelque chose, et ils découvrent qu’ils reçoivent tout autant : une parole de foi, un témoignage de courage, une confiance qui résiste à l’épreuve.

Quand je pense à mes amis de la communauté « Foi et Lumière » , et particulièrement à Samia, que j’ai baptisée, je peux vous témoigner qu’ils ne sont jamais seulement ceux qui reçoivent. Ils sont aussi ceux qui éclairent la communauté par leur manière de vivre leur foi.

Cette lumière partagée construit une Église de communion.

Alors prions non seulement pour les personnes fragiles mais aussi pour leurs soignants et leurs aidants (qui sont souvent leurs aimants).

J’invite chacun à réfléchir à la question suivante : « Suis-je attentif à la lumière que les personnes fragiles peuvent m’offrir ? »

Chers frères et sœurs,

Être sel de la terre et lumière du monde ne nous est pas demandé pour un autre temps ou une autre vie. C’est aujourd’hui que cela se joue.
Aujourd’hui, dans une visite. Aujourd’hui, dans une écoute. Aujourd’hui, dans un geste discret de service.

Ce que Dieu attend de nous ? C’est d’être grain de sel et lumière. C’est-à-dire d’aimer, partager, servir. De donner à tous le goût de la vie et montrer la beauté de la vie, la beauté de chaque personne.

 C’est Jésus qui nous le dit : « De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
Demandons au Seigneur la grâce de reconnaître sa lumière à l’œuvre, de la recevoir chaque jour, et de la laisser passer à travers nous.
Alors, sans bruit, la lumière du Christ continuera de briller au cœur même de nos fragilités.

Amen.

Arnaud d+